L’impermanence comme une renaissance

L’impermanence comme une renaissance

En l’espace de trois jours,  d’un Vendredi-Saint à un matin de résurrection, passer du désespoir au miracle de la vie qui sans cesse se renouvelle.Pour les croyants, il est des étapes essentielles, à l’image de Pâques, qui symbolisent la foi, la confiance.

Pour les non-croyants, pour celles et ceux qui n’ont pas de nom à poser sur leur façon de vivre leur spiritualité, ces étapes d’éveil peuvent se présenter à tout instant, dans l’observation, l’accueil, la compréhension de ce qui est. De ce qui n’est plus, de ce qui est autre.

Voici une poignée de jours, un vent d’ouest soufflant en tempête dans la rade genevoise épargnait une oasis de calme sous la protection d’une jetée. L’instant de grâce invitait à méditer sur l’impermanence. Demeurer, patient, au coeur des tourments.

Aujourd’hui, les vents ont tourné, mettant en vedette une bise venue du nord, déchaînée, brassant un Léman sens dessus-dessous. Là où régnait le calme par vent d’ouest, voici que les eaux semblaient déterminées à engloutir la faune lacustre, canards et cygnes disparaissant littéralement dans le creux des vagues.

En amont des jetées, il s’agissait de surnager tant bien que mal. Pour reprendre son souffle, il fallait être en aval. Mais on ne choisit pas toujours… Lutter contre le vent, ou se laisser glisser dans le sens du courant. Surfer sur la vague… Tour à tour, nos réactions aux aléas de la vie sont tissées de révolte, de combat, ou d’acceptation, parfois de résignation.

Les conditions extérieures sont impermanentes. Comme l’est notre météo interne: aujourd’hui se sentir d’humeur à s’exposer à tous les vents, se laisser gifler par la vie impétueuse, danser et rire en évitant les embruns des vagues s’écrasant sur le quai; un autre jour s’abriter sous son édredon, ou peut-être sortir, mais la tête noyée sous un capuchon.

Accepter d’être certains jours plus téméraire que d’autres. Plus réceptif, plus ouvert. Et méditer sur ce curieux paradoxe: et si c’était la prise de conscience de cette impermanence qui enracinait en nous un sentiment de sécurité renforcé, renouvelé.

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Un îlot de tranquillité au coeur des remous

Un îlot de tranquillité au coeur des remous

Dernier jour de mars. Le printemps se fait désirer. Il y a bien des petites fleurs un peu partout, des arbres qui prennent des couleurs, mais qu’il fait frisquet dans ce vent « force plus » qui nous déboussole et nous fait avancer de travers.

Partout en Suisse, les lacs sont tout « chiffonnés ». Le Léman comme les autres, excepté peut-être juste là,  au coeur de  la rade, sous la protection de la jetée du Jet d’eau. Ce jeune cygne a choisi d’y rester, bien entouré de canards colvert et de harles-bièvres. N’ayez crainte, les parents ne sont pas loin.

A ras d’eau, à peine une plume qui dépasse. Sur le quai, les admirateurs de la scène sont chahutés par la puissance des courants… à l’image du jet d’eau que le vent d’ouest a métamorphosé en un rideau d’eau s’étalant sans fin, à se confondre avec les nuages et le crachin.

Méditer un instant, face aux reflets changeants, aux ombres et lumières, à l’impermanence des choses. Calme ou agitée, horizontale ou verticale, l’eau garde la nature de l’eau. Le nuage, les remous, la vague, le jet-rideau d’eau…. chacune de ces manifestations n’est que passagère. Ce qui demeure, c’est la nature de l’eau.

De même, quand notre esprit s’agite, rester là, simplement, le temps de retrouver son calme. Car au fond de nous, notre noyau vital garde sa nature essentielle. Tout le reste n’est que tourment provisoire, élucubrations de notre esprit, bataille de sentiments.

A l’image de ces maîtres palmés: impassible, confiant, laisser passer la tempête…

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Une éclipse, des jonquilles… la terreur, le printemps

Une éclipse, des jonquilles… la terreur, le printemps

Entre terreur et douceur, entre ombre et lumière*, c’est un étrange printemps qui nous est arrivé, sur la pointe des pieds et qui pourtant, heureusement, nous fait tout chaud au coeur. Précédé d’un soleil éclatant qui n’empêchera pas encore quelques giboulées. A l’équinoxe, cet instant où jour et nuit font match nul, se partageant à parts égales le temps, il y a comme une trêve dans le ciel météorologique.

Tout au fond de soi, l’espoir est immense, rempli d’attentes, de projets: savourer les beaux jours qui s’annoncent, continuer d’avancer un pas après l’autre vers de nouvelles destinations. Sans oublier d’aimer le chemin, avec ses perce-neige, ses primevères et ses cailloux, ses racines en travers et les oiseaux qui chantent à nous faire lever les yeux au ciel en quête d’une frêle silhouette… des ombres chinoises entre les branches encore presque nues.

La montée du printemps, de la vie, du renouveau… c’est une saveur qui rappelle les débuts de l’an, quand tout est possible. Un recommencement… oui, promis, cette fois ce sera autrement.

Comme au début de l’an, une force vitale au fond de soi, mais aussi une boule qui pèse son poids, juste là, au creux de l’estomac. Trop de violences, trop d’attentats. La terreur, qui voudrait nous faire peur, tuer la douceur. Alors il faut se montrer fort pour oser être doux.

C’est qu’à hauteur d’homme, la trêve se fait désirer. Le monde est un peu trop fou. On a même failli en perdre le soleil, grignoté aux deux tiers par madame la lune. Un 20 mars. C’était aussi la Journée mondiale du bonheur…

Parfois ce monde chahuté nous bouscule… à en perdre la boule. Ecartelés que nous sommes entre mille informations, sautes d’humeur, bonds d’allégresse et glissades au fond du puits sans fond.

Il a fait frisquet, tout soudain, ce matin du 20 mars. Même les ombres chinoises, perchées dans le noyer, face à la fenêtre, avaient sur le bout du bec comme des questions muettes. Elles chantaient malgré tout, comme si de rien n’était. Mais on les sentait frissonner.

Et si la lumière ne revenait pas… Madame la lune a réussi son show en cinémascope, à la taille infinie de l’espace. Pfff, même pas peur… elle nous a fait une fleur, ouvrant la voie aux printemps.

Etre ou ne pas faire

A hauteur d’homme, on continue le triste cinéma. Film noir. Les victimes tombent pour de vrai. Ce dimanche, dans le journal, une plume avisée écrivait des mots comme une sentence. Genre “c’est bien beau de dire Je suis Charlie, Je suis Tunis, Je suis Bardo »… et qu’il faudrait un peu moins « être » et un peu plus « faire ».

A cet instant, la boule au ventre n’a plus su comment elle s’appelait: peur, impuissance… lâcheté, inconscience?

Ou alors confiance, force tranquille, courage, pleine conscience? Comme une audace de vivre le moment présent. Jamais dans l’indifférence, toujours relié, mais sans oublier d’être vivant, réceptif aux merveilles autant qu’aux tragédies.

Aujourd’hui sur les quais genevois, il y avait un soleil éclatant d’insolence, un chemin de jonquilles… quelques promeneurs « à l’apparence tranquille »…

jonquilles-sur-les-quais-de-Genève

 

*ce texte a été rédigé en mars 2015. Six ans plus tard, début 2021, un autre printemps étrange s’annonce, le deuxième déjà en temps de pandémie.

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La main comme objet de méditation

La main comme objet de méditation

Au sommet des Voirons, un monastère baigné de paix accueille le pèlerin. Chaque arrêt ici ressemble à un moment d’éternité. Dans le silence, avec la Vallée Verte à ses pieds, et la chaîne du Mont-Blanc en face de soi, l’âme s’élève presque sans effort. On entre tout naturellement en recueillement, avec pour point d’ancrage la respiration, nos paysages intérieurs, ou quelques-unes des merveilles que recèle ce lieu à la fois sobre et chaleureux.

Ce matin-là, après une vivifiante marche en pleine nature le long de la crête qui offre une vue plongeante sur le bassin genevois et d’où le Salève ressemble parfois à une grosse baleine émergeant des brumes automnales,  le sanctuaire «Notre Dame des Voirons» m’a comme prise par la main. Des saints personnages représentés en peinture, ces sont les mains qui ont capté mon regard et mon attention. Elles sont devenues objet de méditation, immobiles en vérité mais comme  frémissantes dans le silence. 

Au coeur de ma mémoire, elles ont pointé du doigt un texte de Christiane Singer dont la lecture me bouleverse à chaque fois comme la première fois. 

En images et en mots… voici de quoi nourrir, si vous le souhaitez, une prochaine méditation. 

 

Quand je demande à ceux que je rencontre de me parler d’eux-mêmes, je suis souvent attristée par la pauvreté de ma moisson. On me répond: je suis médecin, je suis comptable… j’ajoute doucement: vous me comprenez mal. Je ne veux pas savoir quel rôle vous est confié cette saison au théâtre, mais qui vous êtes, ce qui vous habite, vous réjouit, vous saisit? Beaucoup persistent à ne pas me comprendre, habitués qu’ils sont à ne pas attribuer d’importance à la vie qui bouge doucement en eux.
On me dit:  je suis médecin, ou comptable, mais rarement: ce matin, quand j’allais pour écarter le rideau, je n’ai plus reconnu ma main… ou encore: je suis redescendue tout à l’heure reprendre dans la poubelle les vieilles pantoufles que j’y avais jetées la veille; je crois que je les aime encore… ou je ne sais quoi de saugrenu, d’insensé, de vrai, de chaud comme un pain chaud que les enfants rapportent en courant du boulanger. Qui sait encore que la vie est une petite musique presque imperceptible qui va casser, se lasser, cesser si on ne se penche pas vers elle?
Les choses que nos contemporains semblent juger importantes déterminent l’exact périmètre de l’insignifiance: les actualités, les prix, les cours en Bourse, les modes, le bruit de la fureur, les vanités individuelles. Je ne veux savoir des êtres que je rencontre ni l’âge, ni le métier ni la situation familiale: j’ose prétendre que tout cela m’est clair à la seule manière dont ils ont ôté leur manteau. Ce que je veux savoir, c’est de quelle façon ils ont survécu au désespoir d’être séparés de l’Un par leur naissance, de quelle façon ils comblent le vide entre les grands rendez-vous de l’enfance, de la vieillesse et de la mort, et comment ils supportent de n’être pas tout sur cette terre. (…)
Vous le savez tout comme moi: ce qui reste d’une existence, ce sont les moments absents de tout curriculum vitae et qui vivent de leur vie propre; ces percées de présence sous l’enveloppe factice des biographies. »

Ce texte de Christiane Singer est issu de la Lettre à un ami
par laquelle débute son roman intitulé
« 
Les sept nuits de la reine », chez Albin Michel

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